Passeurs d'eau,
rituel vocal imaginaire
Création
MUSICA-STRASBOURG
note de création
J'ai imaginé, pour ce rituel autour de l'eau, un voyage intérieur de la mort à la renaissance, à travers des rituels de funérailles, de fertilité, d'accouchement et du récit de la mythologie yagua.
M'inspirant du rite de 9 jours des Indiens Navaho, qui est une médecine, j'ai souhaité intégrer dans l'espace scénique un premier cercle de spectateurs "privilégiés" qui seraient "touchés" par le rituel à défaut d'être soignés.
Selon Lévi-Strauss, dans certaines cultures amérindiennes, seuls les hommes ont le droit de jouer de la musique : les instruments sont le véhicule des esprits, et l'objet d'un tabou. Les femmes peuvent entendre les chants et musiques rituels qui leur parviennent de la maison des hommes mais ne doivent pas voir que ce
sont les hommes et non les esprits qui en jouent.
J'ai donc opté pour une représentation du monde des hommes par les musiciens des ensembles Yaki Kandru et Zellig et du monde féminin par les chanteuses.
Le livret, écrit pour cinq voix de femmes pensées comme une famille à laquelle s'oppose le chamane et son assistant, figurés par Yaki Kandru, isole des scènes et crée des moments ludiques, où surgissent des bribes du quotidien.
Les interprètes donnent leurs prénoms à leurs fragments de personnages conçus comme des signes, ce qui induit un début de sens et inscrit le texte dans une contemporanéité.
Christine Mananzar
Sources romanes du XIe au XVe siècles
Passeurs d'eau cantate amazonienne
Musique et direction musicale Thierry Pécou
Texte et mise en scène Christine Mananzar
Scénographie Bruno Dubois Costumes Dominique Fabrègue
DUO YAKI KANDRU, ENSEMBLE MORA VOCIS et ENSEMBLE ZELLIG
PRODUCTION
Festivals Musica-Strasbourg, Sylvanès et Musiques d'automne de Chinon avec l’abbaye de Fontevraud et le Parvis scène-nationale-de Tarbes et les aides de France-Telecom et de la SACEM.
SYNOPSIS
Le rituel débute par une circumbulation autour des spectateurs suivi d'un chant pour prendre le tabac, qui met le chamane en état de "voyage". Les chanteuses aident quelques spectateurs qui seront les "témoins" ou "spectateurs privilégiés" à traverser un bassin.
1ère partie : chants funéraires
Chant de secondes funérailles, rares dans le monde amérindien. Un femme lave les os du mort qui seront conservés dans l'urne familiale. Les restes de ses vêtements en lambeaux sont ensevelis dans les fentes de la terre. Le mort rejoint Japira, le pays des ancêtres, et se transforme en "wanulü", pluie fécondante. La
femme qui a lavé les os doit se purifier avec du yoshushula, alcool de maïs.
2ème partie : chants de fertilité
Une femme plante des pousses de maïs et adresse un chant à Nunkui. Une rivale la bouscule devant la communauté indifférente, les pousses se répandent.
La chamane s'adresse à la "mère" d'un fruit brun.
L'histoire de Lik, serpent mythique qui s'échoua sur une berge et offrit les poissons enfermés dans son corps contre sa remise à l'eau.
Chant dansé qui accompagne la pêche à la nivrée, technique qui consiste à créer une retenue d'eau sur une rivière et à déverser en amont un "poison de pêche" qui provoque l'asphyxie des poissons ce qui permet de les récupérer facilement quand ils remontent à la surface de l'eau.
Dans le même temps, Jorge débute le chant du mythe Yagua.
3ème partie : mythe Yagua de création du monde et initiation
Le grand chant du mythe yagua est précédé d'une révolte des femmes contre le monopole masculin des instruments de musique. Les instrumentistes cessent de jouer et reprennent à l'évocation du grand Anaconda, grand serpent sacré. Les femmes répliquent par de petits instruments de musique plats (allusion au sexe
féminin) dont les hommes se moquent. Tout rentre dans l'ordre pour l'initiation du jeune garçon paré en anaconda.
4ème partie : chant de purification de la source d'eau du corps féminin
Les deux chamanes chantent le rituel d'aide à la naissance, chant de médecine cuna de purification de la source d'eau du corps féminin (l'utérus). Délivrance de la femme.
Fin du rituel : cérémonie des noms et bain de l'enfant. Le chamane remercie Nele, l'esprit.





